Journées Nationales d’Action contre l’Illettrisme 2026

Du 14 septembre au 2 octobre 2026, les Journées nationales d’action contre l’illettrisme, portées par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANCLI), invitent professionnels, institutions et citoyens à mieux comprendre une réalité qui reste encore largement invisible.

En France, 1,5 million d’adultes âgés de 18 à 64 ans ayant été scolarisés en France sont aujourd’hui en situation d’illettrisme. Derrière ce chiffre se trouvent des situations très concrètes. Lire un courrier, remplir un formulaire, comprendre une consigne, suivre la scolarité de son enfant, effectuer une démarche administrative en ligne ou encore répondre à une offre d’emploi peuvent devenir des obstacles importants.

À l’occasion des Journées nationales d’action contre l’illettrisme 2026, Hétis souhaite attirer l’attention de ses étudiants, professionnels et partenaires sur ces difficultés et, surtout, sur les leviers dont disposent les acteurs du travail social pour rendre leurs pratiques plus accessibles.

Illettrisme, analphabétisme, français langue étrangère… des réalités différentes

Bien identifier les situations constitue une première étape essentielle.

Pour rappel :

  • l’illettrisme concerne des personnes qui ont été scolarisées en France mais qui rencontrent de fortes difficultés dans la maîtrise des compétences de base nécessaires à la vie quotidienne ;
  • l’analphabétisme concerne, quant à lui, les personnes qui n’ont jamais appris à lire et à écrire ;
  • le français langue étrangère désigne l’apprentissage du français par des personnes dont ce n’est pas la langue maternelle.

Ces distinctions sont importantes. Elles permettent d’éviter les amalgames et, surtout, d’orienter chaque personne vers un accompagnement adapté à son parcours et à ses besoins. Les données nationales montrent également la diversité des personnes concernées. Parmi celles qui rencontrent de fortes difficultés avec les compétences de base, une personne sur deux est en emploi, une sur deux a plus de 45 ans et deux tiers vivent en dehors des grandes villes.

Une difficulté qui reste souvent invisible

L’illettrisme ne se repère pas nécessairement au premier regard.

  • « J’ai oublié mes lunettes. »
  • « Je remplirai le document chez moi. »
  • « Je préfère que vous me l’expliquiez. »

Ces phrases peuvent paraître anodines. Elles peuvent aussi constituer des stratégies permettant d’éviter une situation dans laquelle la personne risque de se retrouver en difficulté. Demander à emporter un formulaire, solliciter systématiquement un proche, éviter certaines démarches écrites ou numériques peuvent ainsi constituer des indices. Pour les professionnels, il s’agit de rester attentifs à la situation et de créer les conditions d’un dialogue respectueux. Proposer de regarder un document ensemble, demander à la personne comment elle réalise habituellement ses démarches ou lui expliquer les différentes étapes permet d’ouvrir un espace de confiance tout en préservant son pouvoir d’agir.

Quand les démarches du quotidien deviennent des obstacles

Cependant, avoir un droit ne suffit pas toujours. Encore faut-il pouvoir comprendre comment l’exercer. Une demande de logement, un rendez-vous médical, une prescription, un contrat, une démarche liée à l’emploi ou à la scolarité d’un enfant supposent souvent de lire des documents, de comprendre des consignes, d’identifier les informations utiles et, de plus en plus fréquemment, d’utiliser des outils numériques. Pour une personne en situation d’illettrisme, cette accumulation peut conduire à différer une démarche, à renoncer ou à dépendre d’un tiers. Dans ces situations, le rôle du professionnel consiste aussi à regarder au-delà du dossier incomplet ou de la démarche non réalisée. Reformuler une consigne, vérifier sa compréhension, parcourir ensemble un document ou orienter vers un accompagnement spécialisé sont autant de gestes qui peuvent faciliter concrètement l’accès aux droits.

Nos propres écrits peuvent-ils constituer un obstacle ?

L’accessibilité interroge également les pratiques professionnelles elles-mêmes. Dans le secteur social et médico-social, l’écrit est omniprésent. Courriers administratifs, règlements de fonctionnement, contrats de séjour, projets personnalisés, affichages ou comptes rendus transmettent des informations essentielles. Un document peut pourtant être juridiquement exact et grammaticalement irréprochable tout en restant difficilement compréhensible pour son destinataire.

Ainsi, une formulation comme :

  • « En l’absence de transmission des pièces justificatives dans le délai imparti, votre demande sera considérée comme caduque. »

peut devenir

  • « Envoyez les documents demandés avant le 30 septembre. Après cette date, votre demande sera annulée. »

Le contenu reste précis, mais l’accès à l’information change considérablement. Le langage clair, le Facile à lire et à comprendre et l’association des destinataires à la conception des supports constituent ainsi des outils particulièrement utiles pour les professionnels. Simplifier un écrit ne signifie pas simplifier la réalité. Il s’agit de permettre au plus grand nombre d’y accéder.

Intelligence artificielle et numérique : de nouveaux leviers, mais aussi de nouveaux enjeux

Les outils numériques et l’intelligence artificielle peuvent également apporter des solutions inédites. Faire lire un courrier par son téléphone, dicter un message, transformer la parole en texte, demander l’explication d’une phrase ou reformuler un document sont désormais des usages accessibles au quotidien. Pour les personnes rencontrant des difficultés de lecture ou d’écriture, ces fonctionnalités peuvent contribuer à renforcer l’autonomie. Elles nécessitent toutefois certaines précautions. Les outils d’intelligence artificielle peuvent produire des informations erronées. Les documents qui leur sont confiés peuvent contenir des données personnelles ou sensibles. Leur utilisation suppose enfin de savoir naviguer dans une interface, formuler une demande et comprendre la réponse obtenue. La question ne porte donc pas uniquement sur ce que la technologie sait faire, mais sur ce qu’elle permet réellement à la personne de faire elle-même. Dans l’accompagnement social, ces outils peuvent devenir des supports intéressants à condition de rester au service de l’apprentissage, de la compréhension et de l’autonomie.

Réapprendre reste possible à tout âge

L’illettrisme n’est pas une situation définitive. Réapprendre à lire, écrire ou compter à l’âge adulte permet parfois bien davantage que d’acquérir des compétences scolaires. Cela peut permettre de réaliser seul une démarche, prendre une décision, retrouver confiance ou participer davantage à la vie sociale et professionnelle. L’entrée dans une démarche de formation peut cependant être difficile. Elle suppose souvent de dépasser des expériences d’échec ou une difficulté longtemps dissimulée. Les professionnels peuvent jouer un rôle déterminant en valorisant les compétences déjà acquises, en identifiant avec la personne ce qu’elle souhaite pouvoir faire plus facilement et en l’orientant vers les ressources adaptées. Les Centres Ressources Illettrisme, les organismes de formation, les associations et les acteurs de l’insertion constituent notamment des relais de proximité. Le service national Illettrisme Info Service est également accessible gratuitement au 0 800 11 10 35 pour orienter les personnes vers les ressources disponibles sur leur territoire.

Rendre accessible, c’est déjà agir

La lutte contre l’illettrisme commence dans les pratiques quotidiennes. Relire un document destiné au public, utiliser des phrases plus courtes, expliquer avec des mots accessibles, proposer plusieurs façons d’accéder à une information, laisser la possibilité de demander une nouvelle explication ou connaître les relais vers lesquels orienter une personne sont autant d’actions simples qui peuvent faire une différence. Rendre une information accessible, c’est aussi renforcer le pouvoir d’agir. Cette attention portée aux mots, à la lecture et à leur transmission trouve également une place concrète dans plusieurs projets pédagogiques menés à Hétis. Des étudiantes éducatrices de jeunes enfants ont ainsi travaillé autour de la littérature jeunesse avant d’organiser une séance de lecture auprès d’enfants hospitalisés et de leurs familles à la Fondation Lenval. En 2026, les étudiants en formation d’accompagnant éducatif et social sont également sensibilisés aux usages de la lecture à travers plusieurs séances consacrées à la bande dessinée, aux jeux littéraires, aux rencontres avec des auteurs et aux ateliers d’écriture. Ces expériences permettent aux futurs professionnels de développer des outils de médiation qu’ils pourront, demain, mobiliser auprès des personnes qu’ils accompagneront. Former les professionnels du travail social, c’est aussi leur apprendre à identifier les obstacles parfois invisibles qui peuvent empêcher une personne de comprendre, de choisir et d’agir.

À l’occasion des Journées nationales d’action contre l’illettrisme, cette réflexion invite chacun à interroger ses propres pratiques. Comment écrivons-nous ? Comment expliquons-nous ? Comment accueillons-nous une difficulté ? Et comment pouvons-nous rendre, chaque jour, nos informations et nos accompagnements plus accessibles ?


Pour aller plus loin

  • Agence nationale de lutte contre l’illettrisme – ANLCI
  • Données nationales issues de l’enquête Formation tout au long de la vie 2022-2023
  • Ressources des Journées nationales d’action contre l’illettrisme
  • Illettrisme Info Service – 0 800 11 10 35

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